Le ciel de décembre 2019

Le ciel de décembre connaît des nuits claires particulièrement intéressantes car dénuées des turbulences de l’été. Sa beauté cristalline offre alors des observations à ne pas manquer.

Décembre au balcon.

Les claires nuits de l’hiver, en décembre, janvier et février, sont peut-être rares mais, lorsque le ciel est dégagé, elles permettent une qualité d’observation bien supérieure à celle de l’été. La sœur du célèbre William Herschel a ainsi raconté comment, durant les longues nuits d’hiver, assise à côté de son frère, elle notait et dessinait les observations de celui-ci. Le ciel de décembre permet parfois de voir, avec une lunette de 60 ou 80 mm, plus nettement qu’avec un télescope 115 mm en été.

Ceci dit, avouez que ce PERL JPM 115/900, datant de la fin des années 70, a de la gueule sur son AZ-EQ6 et équipé de sa caméra planétaire ZWO ASI 224 MC. N’est-ce-pas ?

À part la constellation du Taureau, voici Persée, Cassiopée et la Girafe qui vous donnent rendez-vous, dévoilant leurs objets cachés : les nébuleuses et les amas d’étoiles.

Quelques constellations.

En novembre, bravant le froid de cette fin d’automne, vous avez peut-être essayé de repérer les constellations que je vous avais indiquées. Ce mois-ci, quelques nouveaux objets sont visibles, essentiellement dans trois constellations : Persée, Cassiopée et la Girafe.

Persée.

Persée se trouve sur la Voie Lactée. Sa densité en objet du ciel profond est supérieure aux autres parties de la voûte céleste. Elle est particulièrement facile à repérer si vous connaissez la constellation d’Andromède. Prolongez la courbe formée par ses étoiles pour déterminer l’emplacement d’Alpha Persée, l’étoile la plus brillante de la constellation. Le personnage est difficilement reconnaissable mais il possède une jolie petite nébuleuse planétaire nommée M 76. Sa magnitude est assez faible (12,2), ce qui la rend plus pâle que M 27 ou M 57. En revanche, elle possède une forme en huit assez spécifique. Peu de détails sont visibles à travers un instrument de 115 mm, mais un 200 mm montre bien cette structure.

L’autre objet Messier observable dans le Persée est l’amas ouvert M 34. De magnitude 5,5, il est visible à l’œil nu dans un ciel bien noir mais ne présente pas d’intérêt particulier. En revanche, entre Persée et Cassiopée, on distingue à l’œil nu deux petites taches floues : le double amas ouvert de Persée s’offre à vous. Objet déjà remarquable aux jumelles, il deviendra exceptionnel si vous possédez un instrument à grand champ, qui vous permettra de distinguer toutes ces étoiles.

Cassiopée.

On peut repérer la constellation de Cassiopée en prenant le symétrique de la Grande Ourse par rapport à l’étoile Polaire. On distingue nettement un W longeant la Voie lactée. Seulement deux objets Messier appartiennent à cette constellation. Il s’agit des amas ouverts M 52 et M 103, qui ne sont pas spectaculaires.

La Girafe.

Cette constellation de forme intéressante est difficile à repérer car ses étoiles ne sont pas particulièrement lumineuses.

Gemini et M35.

Castor et Polux, nés de Zeus et de Léda ! L’un choisi le parti des dieux et l’autre, celui des Hommes. Les voici réunis dans le ciel dans la constellation des gémeaux. Gémeaux : pour les amateurs d’horoscope cela signifie le mois de juin. Pour les astronomes, il s’agit d’une constellation de l’hiver, visible à partir de la mi-décembre dès 22 heures TU à l’est du Taureau est plein Sud dès la mi-janvier vers 23 heures TU. Les deux étoiles principales de la constellation des Gémeaux (Gemini) son Castor (alpha Geminorum) et Polux (bêta Geminorum). Castor est un système complexe d’étoiles multiples dans lequel au moins six étoiles tournent les unes autour des autres, dont trois sont aisément repérables par un petit télescope.

Pour les voir plus facilement, représentez-vous une diagonale dans le rectangle de la Grande Ourse, descendez vers l’ouest et prolongez-la sur environ quatre fois sa longueur, vous trouverez Polux, auprès de son inséparable Castor. Près de la constellation des Gémeaux, au bord ouest, on trouve l’amas d’étoiles M 35, qui se repère bien avec des jumelles ; il est distant d’environ 3000 années-lumière et contient un peu plus d’une centaine d’étoiles. Il s’agit d’un très bel amas d’étoiles relativement jeunes…

Maintenant, détaillons un peu ce mois de décembre.

On commence avec le 2 décembre, ce jour-là aura lieu un rapprochement entre Vénus et M 22 avec une distance topocentrique centre à centre de 0,8°. M22 est l’amas globulaire le plus lumineux de la constellation du Sagittaire (magnitude apparente : +5,1). Il a été découvert par Abraham Ihle en 1665.

Le lendemain, partons dans la ceinture d’astéroïdes pour l’opposition de l’astéroïde 97 Klotho avec le Soleil. Il affichera une petite magnitude de 9,9. Il a été découvert par Ernst Tempel le 17 février 1868 à Marseille. Eloignons-nous encore avec Neptune qui se rapprochera dangereusement de la Lune cette nuit-là.

Le 4 décembre, c’est le premier quartier de la Lune.

Grande réunion commune entre les clubs Andromède de Lassigny et CAASV de St-Sauveur le vendredi 6 décembre.

https://www.astroclub-andromede.fr/evenement-239-reunion-observation-avec-le-caasv.html

Le 8, Jupiter sera en rapprochement de M8 (1,0°) et la Lune sera proche d’Uranus.

Première nuit d’étoiles filantes pour ce mois de décembre : les Monocérotides qui verront leur maximum le 9 avec 2 météores par heure au zénith (pas grand chose). L’essaim doit son curieux nom à la constellation d’où il provient : la constellation de la Licorne, dite Monoceros en latin.
Cet essaim fut découvert par Whipple en 1954, et provient de la comète Mellish qui repasse au voisinage de la Terre tous les 145 ans. Les météores qui en sont issus ont une vitesse de 42 km/s. Selon les astronomes, l’essaim pourrait être à l’origine de nombreux bolides spectaculaires observés au XIe siècle.

Mardi 10, opposition de l’astéroïde 28 Bellona avec le Soleil. Là aussi, la magnitude sera bien faible avec une valeur de 10,4. C’est Robert Luther qui découvrit cet astéroïde le 1er mars 1854.

Beau spectacle dans la nuit du 10 au 11, avec un rapprochement entre Vénus et Saturne (1,8°).

Le 11, la Lune viendra flirter avec Aldébaran, également appelée Alpha Tauri (α Tauri/α Tau) selon la désignation de Bayer, c’est une étoile géante orangée, et l’étoile la plus brillante de la constellation zodiacale du Taureau. Située à environ 66 années-lumière du Soleil, elle est la 13e étoile la plus brillante du ciel nocturne. Sa magnitude absolue est de −0,65 et sa magnitude apparente moyenne de +0,87.

Visuellement, Aldébaran semble le membre le plus brillant d’un groupe d’étoiles assez étalé : les Hyades, amas d’étoiles le plus proche de la Terre. Mais elle se situe, en fait, à mi-chemin entre notre planète et les Hyades. Elle en est donc indépendante.

Pleine Lune jeudi 12 décembre. Elle risque de gêner l’observation de la pluie d’étoiles filantes : Sigma Hydrides qui n’affichera que 3 météores par heure au zénith. Actif du 3 au 15 décembre, l’essaim d’étoiles filantes des sigma-Hydrides doit son nom à la constellation de l’Hydre femelle d’où il semble provenir.

Le lendemain, la Lune, encore elle la coquine, ira frôler M35 à 2,0°. M35 (ou NGC 2168) est un amas ouvert situé dans la constellation des Gémeaux. Il a été découvert par l’astronome suisse Philippe Loys de Chéseaux en 1745. L’amas a été observé par Charles Messier le 30 aout 1764.

Toujours pour rester dans notre système solaire, je vous annonce que le 13, Vénus sera très proche de Pluton. Débâchez le 600 de Repères !

Les pluies d’étoiles filantes se suivent mais ne se ressemblent pas. En effet, le 14 décembre aura lieu la grande pluie des Géminides. Cette fois-ci attendez-vous à 120 météores par heure. Grand spectacle à ne pas manquer, la plus belle pluie d’étoiles filantes de l’année !

L’essaim des Géminides semble provenir de (3200) Phaéton, astéroïde du groupe de Pallas qui passe près du Soleil tous les 1,4 an. La masse qui s’en échappe est cependant beaucoup trop faible pour expliquer l’essaim, à moins que Phaéton n’ait été beaucoup plus actif dans un passé récent (noyau inactif d’une comète morte ou dormante).

Lundi 16, rapprochement entre Mercure et Antarès mais également rapprochement entre la Lune et Régulus.

Régulus (Alpha Leonis / α Leonis / α Leo) est l’étoile la plus brillante de la constellation du Lion. D’une magnitude apparente de +1,40, c’est également la vingt-et-unième étoile la plus brillante du ciel nocturne et sa proximité avec l’équateur céleste la rend visible de toutes les zones habitées sur Terre. Elle est située à 79 années-lumière du système solaire. Le nom Régulus dérive du latin et signifie « petit roi ».

En réalité, Régulus est un système stellaire composé de quatre étoiles, disposées en deux paires qui gravitent l’une autour de l’autre ; le premier couple est une binaire spectroscopique formée d’une étoile bleu-blanc de la séquence principale (la plus proche de la Terre de son type spectral) et, probablement, d’une naine blanche. À 175 secondes d’arc du premier couple, ce qui correspond à une séparation d’environ 4 200 UA se trouvent une naine orange et une faible naine rouge qui forment une paire d’étoiles distantes l’une de l’autre d’environ 100 UA.

Puis nouvelle pluie d’étoiles filantes, le 17 avec les Coma Bérénicides. Seulement 3 météores par heure, cette fois-ci. Comme les autres essaims, il doit son nom à la constellation la plus proche de l’endroit d’où proviennent les météores. Ici, il s’agit de la Chevelure de Bérénice.

Les premières observations ont été faites en 1959 par Richard E. McCrosky et Annette Posen, qui s’employaient à recenser les essaims de météores. Aujourd’hui encore, les astronomes ne savent pas quelle comète est à l’origine de cet essaim. Cependant, on suppose qu’il provient d’une comète non confirmée, observée en décembre 1912 par un astronome amateur australien appelé Lowe. Celui-ci a pu l’observer plusieurs jours de suite avant qu’elle ne disparaisse. Lowe envoya un télégramme à l’observatoire d’Adélaïde afin de faire part de sa découverte, et pour que la comète porte son nom, comme le veut la tradition. Mais à cause d’une erreur de position, l’observatoire d’Adélaïde ne put observer cette comète, qui ne fut donc pas confirmée.

Retrouvons notre voisine qui affichera son dernier quartier le 19.

Vous en voulez encore ? OK, le 20, les Leo Minorides de décembre qui sont une pluie d’étoiles filantes afficheront 5 météores par heure. Peut-être pourrez-vous assister à ce spectacle avec les membres des clubs Andromède et CAASV qui pour finir l’année, font réunion commune ce soir-là ?

https://www.astroclub-andromede.fr/evenement-240-reunion-observation-avec-le-caasv.html

Le 22, c’est le Solstice d’hiver. Pour célébrer le présage de jours plus longs et plus chauds, les anciens organisaient le « Sol Invictus », une fête très populaire. Quand à nous, je vous propose de fêter l’évènement avec une nouvelle pluie d’étoiles : les Ursides avec 10 beaux météores par heure au zénith. Baptisée ainsi parce qu’elle est observable à proximité de la constellation de la Petite Ourse, elle dure du 17 au 23 décembre.

Le 23 décembre, c’est le meilleur moment pour observer la Lumière cendrée de la Lune juste un peu avant le lever du Soleil. Rapprochement entre le faible croissant lunaire et la planète Mars.

25 décembre, joyeux Noël ! Le solstice d’hiver ayant généralement lieu autour du 21 décembre, et comme il faut toujours quelques jours pour que la remontée du Soleil dans le ciel soit notable et vue par les astronomes, « Sol Invictus » se tenait autour du 25 décembre.

L’idée du Soleil renaissant dans sa splendeur a donné l’expression « dies natalis solis invicti », ou « le jour de la naissance du Soleil invaincu », ou encore l’expression « dies natalis » (« la jour de la naissance ») . La définition chrétienne de Noël, elle, a été placée ce même jour par l’Église afin de profiter d’une fête qui était déjà largement implantée dans la culture populaire et mieux se propager un peu partout en Europe.

Le 25 décembre comporte donc à l’origine une dimension astronomique et sociale, avant d’être reprise par l’Église pour célébrer la nativité de notre Seigneur Jésus-Christ.

Le 26, pour nous ce sera la nouvelle Lune. Mais, si vous avez les moyens de vous déplacer, sachez que ce jour là, il y aura une éclipse annulaire de Soleil. Commençant dans le Moyen-Orient, cette éclipse traversera le Qatar, les Émirats arabes unis le sultanat d’Oman, traversera ensuite l’océan Indien pour passer en Inde du Sud, puis au Sri Lanka, traversera le Golfe du Bengale pour passer à Sumatra, puis en Malaisie ainsi que Singapour où il y aura le maximum. L’éclipse continuera en passant par Bornéo puis finira dans l’océan Pacifique, en passant par l’ile de Guam.

Commencement de l’éclipse générale à 2h 29mn TU, maximum de l’éclipse à 5h 17mn TU, fin de l’éclipse générale à 8h 5mn TU.

Samedi 28, opposition de l’astéroïde 69 Hesperia avec le Soleil. Découvert par le célèbre astronome italien Giovanni Schiaparelli le 26 avril 1861 à Milan. Cet astéroïde a été le seul jamais découvert par cet astronome. Ce jour-là, le Soleil ne sera plus caché par la Lune mais la coquine ira flirter avec Vénus.

Et ce même samedi, profitez-en pour rejoindre Rouvroy-les-Merles afin de participer à la dernière Journée d’Echange et Partage de l’association Repères.

Enfin, le soir du 29 décembre pointez votre regard vers la lumière cendrée de la Lune après le coucher du Soleil et guettez son rapprochement avec Vénus.

Mais avant de nous quitter, parlons un peu de l’actualité astronautique. La Chine prépare le lancement de la mission Chang’e 5 ou CE-5 planifiée pour ce mois de décembre. C’est une mission de retour d’échantillon du sol lunaire. L’atterrisseur, qui doit se poser sur le sol lunaire près du Mons Rümker dans l’océan des Tempêtes, dispose de plusieurs instruments. Il s’agit de la première mission de retour d’échantillons de sol lunaire depuis la mission soviétique Luna 24 qui a eu lieu en 1976.

La sonde spatiale d’une masse de 8,2 tonnes est composée de quatre modules : un module de service prenant en charge le trajet entre la Terre et la Lune, un atterrisseur d’une masse de 3,8 tonnes chargé de se poser sur la Lune, un étage de remontée qui doit ramener les échantillons de sol en orbite lunaire et une capsule de retour qui rapporte ceux-ci sur Terre. Les ingénieurs chinois ont opté pour un scénario de retour d’échantillons complexe : l’étage de remontée, au lieu de revenir directement sur Terre, a rendez-vous avec le module de service : l’échantillon est alors transféré dans la capsule de retour qui est ramenée à proximité de la Terre et qui s’en détache pour effectuer une rentrée atmosphérique.

Les phases de la Lune.

Apparence des planètes au télescope.

Visibilité des planètes.


Avec ce mois de décembre, voici la fin de ma série : « le ciel du mois ». Vous noterez que pour l’occasion vous avez un mois de décembre bien garni où je n’ai pas été avare d’explications. Dès le mois de janvier vous pourrez reprendre la série au début de l’année qui s’achève. Bien sûr, les phases de la Lune et la position des planètes ne seront plus à jour mais les parties généralistes resteront d’actualité. J’ai passé de bons (et longs) moments à écrire ces lignes et je vous remercie pour tous les commentaires enthousiastes que vous m’avez adressés.

Bon ciel à tous.

Simon-Pierre.