L’éclipse de Lune du 21 janvier 2019: Le CROA.

Mais, commençons par le commencement. Je vais vous mettre dans mon contexte. Je n’ai pas dormi la nuit du 19 au 20 janvier. En effet, je rentrais du Caire et j’ai passé une bonne partie de la nuit aux commandes de mon Airbus A340. En revanche, je n’allais pas manquer l’occasion d’observer une belle éclipse Lunaire, d’autant que la prochaine visible chez nous n’interviendra que le 16 mai 2022.

J’en profite pour commenter quelques annonces qui ont été faites. Le bruit court que la prochaine éclipse n’aura lieu qu’en 2029. Il n’en est rien. En fait, la prochaine éclipse aura bien lieu en 2022.

Mais alors de quoi parle-t-on ?

Cette nuit l’éclipse avait un double intérêt. Non seulement la Lune est passée dans l’ombre de la Terre mais, en plus, nous avions à faire à une « Super Lune ». C’était ce que l’on appelle aussi : « Une super Lune de sang ». En 2022, il n’en sera rien. En revanche, en 2029 ce sera à nouveau le cas.

Qu’est-ce qu’une « Super Lune » ?

Peut-être le savez-vous ? L’orbite de la Lune autour de la Terre n’est pas un cercle parfait mais comme nous l’a appris Johannes Kepler, elle réalise plutôt une ellipse. De ce fait, sa distance à la Terre varie. Au périgée (Super Lune) elle peut s’approcher de nous à 356 700 km. A l’apogée, elle va s’éloigner jusqu’à 406 300 km. Sa taille apparente varie donc d’environ 14% entre maximum et minimum.

Etant plus proche de nous sa luminosité sera également plus importante avec 30% de lumière en plus pour le cas de la « Super Lune ». Ce n’est pas rien !

C’est quoi une éclipse de Lune ?

Eh bien, c’est tout simplement le passage de la Lune dans l’ombre de la Terre. Comme la Terre possède une atmosphère (si, si, inspirez un grand coup et vous verrez), les rayons du Soleil la traversant sont déviés (comme dans un prisme) et viennent échouer sur la vieille dame qui cherchait à se cacher. Comme ces rayons lumineux traversent l’atmosphère dans sa plus grande épaisseur, ils prennent cette teinte rouge caractéristique aux aurores ou aux crépuscules.

Mais alors pourquoi n’avons nous pas droit à ce spectacle tous les mois ?

Là aussi la réponse est assez simple. L’orbite de la Lune a un décalage de 5° par rapport à l’orbite de la Terre autour du Soleil. Du coup, pour que les trois astres s’alignent, il nous faudra des circonstances bien particulières et bien plus rares.

Pour résumer, voici un tableau extrait de la revue Astrosuf-Magazine de janvier/février 2016 qui résume toutes les éclipses de Lune de 2016 à 2025. Vous voyez, pas besoin d’attendre 2029.

Mais revenons à notre éclipse du 21 janvier.

Nous nous étions fixé (grâce à WhatsApp) un rendez-vous au lieu dit de Belval (au sud de Lassigny) à 5h du matin. J’avais programmé mon réveil à 4h30. Je peux vous assurer que c’était dur ! J’ouvre les volets et j’observe un ciel parfait avec une pleine Lune qui éclaire le jardin presque comme en plein jour. Courage, ça promet d’être grandiose.

Le matériel était déjà chargé dans le coffre. Pour les raisons précitées, je n’ai pas eu la volonté d’emporter mon Newton 250/1200 sur sa monture AZ-EQ6. Je me suis contenté d’emporter mon bon vieux PERL JPM 115/900. Sur lequel, j’ai replacé le PO d’origine au coulant 24,5 mm. Ce vénérable quadra en a encore dans le ventre et puisqu’il m’accompagne depuis mes dix ou douze ans, je vais lui offrir une petite matinée entre bons vieux amis.

J’arrive sur le site à 5h pétantes. Sylvian est déjà là, il est accompagné de son fils que je suis ravi de rencontrer. Ils galèrent un peu pour pointer la Lune, le chercheur point rouge étant totalement déréglé. Pendant ce temps, je sors mon matériel. Ça va vite. Mon vieux camarade est très coopératif et après une mise en station qui s’avèrera très correcte, ce sera à mon tour de mettre l’oeil à l’oculaire. Pendant ce temps, Marc, notre président préféré nous a rejoint. Il fera un aller-retour un peu plus tard pour récupérer son petit garçon, Maxime, qui viendra aussi nous prêter main forte. Notre camp d’astronomes comptera bientôt cinq « Astrams » de bonne éducation.

De mon côté, point rouge, chercheur et tube sont bien alignés. Du coup, c’est un jeu d’enfant de placer la Lune au centre de l’oculaire Ke 22 mm que j’ai placé dans le PO. Cet oculaire, que j’ai glané sur Leboncoin il y a peu, est très agréable. Sa formule Kellner à trois lentilles offre un champ de vision d’environ 45°. Etant donné que les lentilles de la pupille de sortie sont collées, elles forment un achromat et les aberrations chromatiques sont réduites.

A un grossissement de 40x, nous observons la Lune changer de couleur petit à petit. La partie encore illuminée brille encore bien fort et nous brûle les yeux. Je n’ai pas mis de filtre lunaire pour ne pas « éteindre » complètement la partie déjà dans l’ombre de la Terre. Nous avons également découvert toute proche l’étoile TYC 1384-1078-1 de magnitude 7,7 qui a fait son apparition quand la Lune s’est parée de sa couleur brune.

A 5h41, la Lune se retrouve complètement dans l’ombre de sa planète mère. Il est temps d’immortaliser le moment.

Je retire l’oculaire Ke22, puis je dévisse la bague de fixation du PO. Je viens glisser une équerre de ma conception qui va me permettre de placer une petit APN Canon IXUS 220 HS devant le nouvel oculaire que je place dans le PO.

Cette fois-ci, c’est un oculaire Huygens de 20 mm qui prend place. Il était fourni d’origine avec le tube. C’est vous dire qu’il date un peu ! Cette formule très ancienne est composée de doublets avec un champ de vision d’environ 40°. Les lentilles ne sont pas collées et sont donc bien adaptées pour la projection solaire à travers un télescope.

C’est presque la méthode que j’utilise pour faire mes photos. Sauf que ce n’est pas le Soleil qui retient notre intérêt mais notre satellite.

J’utilise le retardateur de l’appareil photo pour éviter tout bougé. En mode manuel, je pousse l’exposition à 3200 ISO. J’ai fait quelques essais à 1600 ISO, mais je trouve le résultat très médiocre. Bien sûr, avec ce montage ce sont des images « One shot ». Elle sont très critiquables, mais elles me permettent de garder un bon souvenir de la matinée. La période de totalité va durer un peu plus d’une heure durant laquelle nous passons de mon télescope à celui de Sylvain et bien sûr nous profitons également du spectacle à l’oeil nu. Observation à ne pas négliger.

Chaque fois que je reviens à mon vieux camarade, je retrouve Sélène pas loin du centre de l’oculaire. C’est ce qui me laisse croire que ma mise en station n’était pas si mauvaise avec ma vielle monture EQ1 qui est quand même équipée d’un petit moteur de suivi sidéral.

Mais peut-être voulez-vous voir les photos ? Bon assez de bla-bla, je vous offre notre point de vue.

Une autre pour le plaisir ?

Bon, je vous avais prévenu. Il ne fallait pas vous attendre aux belles images produites par Mathieu Guinot. Mais tant pis ! Moi, je les aime bien et j’espère que vous saurez profiter de ce partage.

Pendant ce temps, Marc réalise et nous offre de belles images d’ambiance où l’on aperçoit notre camp d’astronomes avec une belle Lune rousse dans un ciel radieux.

En arrivant à la période de fin de totalité, je vais continuer l’observation avec un oculaire Meade MA (Modified Achromat, l’autre nom du Kellner) de 40 mm. Celui-ci, je l’ai trouvé aux USA. L’image est très piquante. On obtient une belle netteté car la mise au point est facile. Il est monté avec trois lentilles et possède un champ apparent d’environ 32°. Il possède également un traitement anti reflet de couleur bleue. Il est tout métal ce qui est appréciable. Mais, malheureusement, au fur et à mesure que la Lune sort de la pénombre on s’aperçoit qu’il y a beaucoup de poussières dans cet oculaire qui est pourtant tout neuf. Je ne salue pas la performance de Meade.

Derrière nous, nous apercevons Vénus et Jupiter qui se sont levés et qui précèdent le Soleil. Cela annonce la fin de notre matinée astronomique. Par une bonne petite température de -4°C, les tubes sont couverts de givre. L’oculaire et le secondaire de Sylvian sont aussi bien givrés. Sur le JPM, le pare buée que j’ai fabriqué avec un tapis de sol acheté chez Décathlon a fait sont travail, il est très efficace. Pas la moindre trace de givre dans le tube.

Nous commençons aussi à ressentir le froid dans les extrémités. Heureusement, il n’y avait pas de vent. Il est temps de ranger le matériel et de rentrer à la maison après avoir bu un petit café bien chaud offert par Marc. Merci Président !

Bon ciel à tous.

Astronomicalement.

Simon-Pierre.

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A quelques kilomètres de là, Grégory et Kellian Schott, deux nouveaux membres du club Andromède, ont réalisé cette magnifique image:

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Edit: APOD du 25 janvier 2019.

Les cratères produits par les d’anciens impacts sur la lune ont longtemps été un spectacle familier. Mais ce n’est que depuis les années 1990 que les observateurs ont commencé à enregistrer et à étudier régulièrement les flashs optiques sur la surface lunaire, susceptibles d’exploser du fait des impacts de météoroïdes. Bien sûr, les éclairs sont difficiles à voir sur une surface lunaire brillante et ensoleillée. Mais pendant l’éclipse totale du 21 janvier, de nombreux imageurs ont capturé par hasard un flash d’impact de météoroïde contre la Lune rouge pâle. Découvert en examinant des images prises peu de temps avant le début de la phase d’éclipse, le flash est indiqué dans l’encadré ci-dessus, près du limbe ouest assombri de la Lune. Des estimations basées sur la durée d’éclair enregistrée par les télescopes MIDAS (système de détection et d’analyse de l’impact de la lune) dans le sud de l’Espagne indiquent que la masse de l’impacteur était d’environ 10 kilogrammes et a créé un cratère de sept à dix mètres de diamètre.


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