Nuit d’observation dans la Sierra de Francia au sud de Salamanque en avril 2013

Date : le 16 avril 2013 (oui je suis un peu en retard, je sais, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire).

Lieu : quelque part dans la Sierra de Francia, au sud de Salamanque (40°34′ N et 6°12′W pour être précis)

Matériel : le dobson 500/4 (made in Pierre Desveaux) de Frédéric, mon modeste Mak Intes 150/10 et une belle gamme d’ethos et de panoptic.

 

En avril dernier, je suis allé passer de belles vacances en Espagne, au gîte astro de Frédéric Creusot, situé à Villanueva del Conde, dans la sierra au sud de Salamanque.

 

Je pourrais vous parler de la gentillesse de Frédéric et de son épouse, Angela, et de leur accueil chaleureux, du merveilleux jardin avec vue imprenable sur la sierra enneigée, des cerisiers en fleurs, des cours d’eaux si claires que l’on voit les serpents s’y promener, des monastères tellement isolés qu’ils prennent le nom de « déserts », des innombrables cascades dont on prend 200 photos pour avoir « le » cliché qui ne trahira pas trop ce que l’on a vu, ou encore du jamon, du lomo, du petit vin du coin, des voisins sympas, etc.

Je n’en ferai rien, bien sûr, vous n’avez qu’à y aller pour profiter de tant de douceur de vivre.

En revanche, je compte bien vous raconter par le détail une fameuse nuit d’observation, quelque part dans la sierra, sur un chemin de terre isolé, très isolé… tellement isolé que notre présence a paru suspecte à certains… mais n’anticipons pas !

 

C’était une jolie nuit de premier quartier, légèrement voilée au début. Dommage pour le premier quartier, mais les vacances scolaires ne sont pas déterminées en fonction des phases de la lune, malheureusement ! Nous avons observé de 23h jusqu’à 5h du matin, la lune s’est couchée vers 2h.

 

Frédéric dispose de plusieurs spots d’observation plus ou moins en altitude qu’il utilise en fonction des conditions météo (notamment en fonction du vent). Ce soir là, il faisait doux, mais il y avait suffisamment de vent pour que nous choisissions un site en contrebas de la sierra, vers le nord.

Arrivés par des chemins détournés, nous installons le matériel à un croisement de chemins de terre, utilisés pour accéder aux terrains agricoles environnant (enfin je suppose, parce qu’il faisait déjà bien nuit lorsque nous sommes arrivés).

 

Alors que nos yeux se sont accoutumés à l’obscurité, et que nous commençons à observer après une petite collimation du dobson et un ré-alignement de l’Intes sur son Atlas, des phares apparaissent à l’horizon. La voiture est-elle sur la route passant entre nous et le pied de la montagne ? Ou bien est-elle plus près, beaucoup plus près de nous ? Il ne fait bientôt aucun doute que la voiture est en train de foncer sur le dobson et le mak que nous avons installés, insouciants que nous sommes, en plein milieu du chemin. Légère hésitation, regards interrogatifs, frontales allumées, nous nous plaçons en avant de nos instruments pour accueillir comme il se doit… deux gendarmes de la Guardia Civil, très intrigués par notre manège et notre matériel. Les pandores nous regardaient depuis une demi-heure déballer les instruments. Suspicieux, mais sans excès, ils font le tour de la voiture et de nos papiers. Veulent-ils jeter un œil au premier croissant de lune dans un 500mm ? Le plus gradé refuse, le plus jeune est tenté, il cède à la deuxième proposition et a bien du mal à ne pas paraître trop impressionné par ce qu’il voit. Au bout de quelques minutes de questionnement, ils doivent bien se rendre à l’évidence que nous ne sommes ni des braconniers, ni des contrebandiers, ni rien d’autre de répréhensible. L’apparition d’une lumière au sud leur donne une bonne excuse pour remonter précipitamment dans leur 4×4 et foncer dans la nuit vers des proies plus intéressantes.

 

C’est donc reparti pour une demi-heure d’accoutumance à l’obscurité, ce n’est pas bien grave de toute façon puisque ce maudit premier quartier est encore bien présent. Nous en profitons pour faire un premier tour du propriétaire… de biens beaux cratères, au 500 avec un ethos 13, ça devient une expérience peu commune. Jupiter se présente bien également, bien détaillée, mais la turbulence ne nous permet pas de pousser trop loin les grossissements.

 

Et bientôt la lune s’est couchée, tout doucement, tout tranquillement, et nous nous sommes lancés à l’assaut des curiosités célestes, en commençant par une petite mise en jambe avec les classiques incontournables, tous transcendés par le 500 : M3, M13 et son ami M92, C14, M27, M42, M44, M51, M57, M66 et ses copines (M65 et NGC3628), le duo M81- M82, M97, M101, M104, M107.

 

De ce premier tour d’horizon, je retiens particulièrement M13 avec dans le même champ une petite galaxie spirale NGC 6207 ce qui m’a donné l’idée d’une sympathique photo de M13 en champ large, alors que souvent les clichés sont cadrés serrés sur l’amas. Le temps de rentrer en France et je constate que mon copain Romain l’a déjà fait avec son nouveau setup.

Mais le meilleur moment, c’était M51. J’avais déjà reçu un choc en les regardant dans un 400 l’été dernier à Valdrôme. Dans le 500, c’était magique. Non seulement le pont de matière entre les deux galaxies était parfaitement visible, mais les bras spiraux de NGC5194 étaient bien détaillés et se détachaient nettement du fond de ciel. Perché sur l’escabeau pour atteindre le porte oculaire, plongé dans la contemplation de ces deux galaxies en interaction, j’ai failli en perdre l’équilibre !

 

Nous avons ensuite fait le tour de quelques curiosités dans le Corbeau, M68 bien sûr, un amas globulaire, et NGC 4361, une nébuleuse planétaire. Nous avons même tenté de distinguer les Antennes NGC4038 et NGC4039, une expérience pas très concluante pour ma part, mais c’est le moment où je commençais à fatiguer un peu.

 

Après un petit remontant à base de chocolat chaud, nous repartons pour une nouvelle série d’observations : NGC 5897 un amas globulaire dans la Balance et NGC 6826, une nébuleuse planétaire dite « blink blink » par Frédéric (à ne pas confondre avec bling bling bien sûr) en vision directe, l’intensité de la lumière de l’étoile centrale masque la nébuleuse, alors que celle-ci ressort en en vision indirecte. En alternant les deux visions, on peut avoir l’impression que l’objet « clignote ». Je dis bien « on peut avoir » car en ce qui me concerne cela n’a pas beaucoup clignoté, même si j’ai bien vu la nébuleuse.

 

Après un petit tour vers NGC 6888, la nébuleuse du Croissant, nous pointons NGC 6950, 6995 et 6992, les fameuses dentelles du Cygne, le tout avec un filtre NPB de DGM Optics, qui donne un modelé très impressionnant aux nébulosités. Ce filtre est incroyable, bien mieux que tous les OIII que j’avais pu tester auparavant. Mais ce n’est pas un OIII. Frédéric a d’ailleurs lancé il y a peu une discussion sur les mérites comparés du NPB et du OIII de chez DGM par rapport aux Lumicons et consorts. Même rendu très flatteur sur la nébuleuse North America NGC 7000.

 

Il fallait un bouquet final à cette belle nuit, nous en eûmes deux, pour notre plus grande joie ! D’une part une sorte de grand schelem des amas globulaires d’Ophiucus, de l’Aigle, et du Sagittaire, enchaînés avec aisance et rigueur au dobson et au mak en simultané : M 4-5-10-11-12-14 suivis de près par ces joyaux du ciel d’été, les M8-M20 et M16-M17. D’autre part, une plongée dans le ciel profond, très profond (enfin pas le HXDF quand même), une incroyable promenade dans l’amas de la Vierge, en rayonnant autour de M87-89-90. Avec le 500 et l’Ethos 21, j’ai compté 10 galaxies en même temps dans le même champ de vision et encore bien d’autres en déplaçant très légèrement le télescope.

 

Moralité, pour voyager dans l’hyperespace, pas besoin de substances illicites, un grand diamètre suffit…